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Au nom de nos pères

 
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Bärdim Brise-Acier


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MessagePosté le: Jeu 27 Avr - 17:19 (2017)    Sujet du message: Au nom de nos pères Répondre en citant

ÉCRIT I - ILLUMINATION


Il y avait de l'activité à Kharanos. En cette année, la ville recevait le rassemblement des Marteaux-fracassants. Chaque cycle de vingt lunes, le Clan réunissait ses membres et ses cousins pour une grande réunion (s'achevant par un banquet bien entendu) afin de discuter des différents points les affectant. En vérité, il s'agissait plutôt d'une occasion pour se retrouver et faire la fête que véritablement discuter géopolitique (mais y en avait aussi !).

On pouvait y rencontrer les Marteaux-fracassants de Forgefer et de Nid-de-l'Aigle, ainsi que des branches en lien avec eux (alliances, mariages, cousines...). Bien qu'il y avait principalement des Nains « Barbes-de-Bronzes » et « Marteaux-Hardis », on pouvait apercevoir quelques Sombrefers.

La taverne de Kharanos était remplie à ras-bord, les tonneaux de bières circulaient dans tous les sens, les fours brûlaient sans discontinuer depuis les premières lueurs de l'aube, et nul ne pouvait s'entendre réfléchir avec le vacarme provoqué par les rires des Nains. De temps à autre, un Nain était en désaccord avec son voisin, et l'alcool aidant, ils en vinrent aux mains. Les armes étant interdites et déposées à l'entrée, c'était principalement à coup d'os d'ours et de carcasse de sanglier qu'on se battait, mais jamais bien longtemps. Après quelques minutes, ils s'accordaient sur le fait qu'ils n'étaient pas d'accord, se disaient de régler ça un autre jour dans un autre lieu, et c'était le retour aux blagues et aux flots de bière. Les désaccords entre Nains de régions différentes étaient déjà plus délicats à traiter, mais c'était une autre histoire.

Hägnar était attablé aux cotés de son oncle, le Thane Dugh Marteau-fracassant, écoutant les récits de ce dernier et de son père lorsqu'ils vadrouillaient dans le Khaz Modan durant leur jeunesse, bien avant la Guerre des Trois Marteaux.

Le sommet du Clan commençait sous les meilleurs auspices. Mais, c'est au milieu d'un des récits d'aventures que tout bascula.

Un bruit strident déchirant l'air interrompit la réunion des Marteaux-fracassants. Tous s’arrêtèrent de parler, s'interrogeant sur la provenance de cet événement, puis les cors d'alarme sonnèrent.

Ils se levèrent tous comme un seul nain et se précipitèrent afin de récupérer leurs armes avant de sortir et d'assister à un spectacle inimaginable.

Les cieux étaient devenus verdâtres, parcourus par des éclairs verts. Au dessus du village se trouvait un immense vaisseau extra-azérothien semblable à une canonnière cauchemardesque. D'immenses météores gangrenés fendaient les cieux et s'écrasaient dans la région, faisant naître d'immenses monticules de roches se mouvant tels des monstres de pierre et de gangrène.

Des bâtiments plus petits se posaient dans la neige, libérant une vague de créatures démoniaques qui s'empressaient d'infecter le sol qu'ils foulaient d'une corruption, blessant la terre jusqu'au profondeur de Dun Morogh.

La Légion Ardente était de retour.

***********************

Kharanos était devenu un champ de bataille. Partout où pouvait s'étendre la vision d'un Nain, il n'y avait que des combats.

Les rues de la ville était pavées de sang, tant du sang de Nain que de démons. Les cadavres des civils n'ayant pas pu fuir à temps jonchaient le sol. Femmes, enfants, la Légion n'épargnait rien ni personne.

Au milieu de ce tumulte, les combattants acharnés tentaient en vain de repousser la vague démoniaque qui s'abattait sur la région. Armés de marteaux, de haches, d'épées ou de fusils, tous demeuraient debout afin de protéger les leurs.

Hägnar ne savait pas depuis combien de temps il se battait. Des minutes, des heures, des jours ? Il ne ressentait que le rage de se battre, d'anéantir son ennemi, de défendre son monde. Il avait déjà affronté la Légion sur les versants du Mont Hyjal, mais là c'était autre chose. Le flot démoniaque ne se tarissait jamais. Pour chaque démon tombé, deux autres sortaient d'un portail et prenaient sa place.

Couvert d'ichor et bientôt au bout de ses forces, il faisait face à un gangregarde. L'agent de la Légion leva sa hache et asséna un coup horizontal. Le Nain se mit en garde, tentant de parer le coup, il plaça ses deux armes pour intercepter l'attaque, mais le démon était tellement puissant qu'il fil voltiger Hägnar et l'envoya dans un mur à dix mètres de là.

Son marteau détruit, sa lame brisée, et son armure fracassée, Hägnar peinait à respirer. Il se releva, tremblant, et prit une lourde inspiration. L'odeur âcre du souffre caractéristique des démons lui piquait les narines.

Le gangregarde fut ensuite prit au combat par deux autres Nains. Le Marteau-fracassant fit quelques pas, déambulant dans une Kharanos en proie au chaos.

Au détour d'une rue, un garde-courroux armée de deux épées lui fit barrage. Hägnar se mit en posture de combat, nonobstant le fait qu'il ne possédait plus de marteau, uniquement son épée, jadis runeforgée de lumière, mais qui n'était plus qu'une lame brisée à la lueur vacillante.

Le démon émit quelques râles gutturaux d'un air dédaigneux, telle une moquerie envers son adversaire. Il prépara son arme et lança une frappe d'estoc vers le Nain. Ce dernier l'esquiva, bien maladroitement, la vision embrouillée et la fatigue lui plombant les jambes, mais il fut incapable d'esquiver la deuxième attaque.

Hägnar ne sentit rien. Plus rien. Hésitant, il baissa les yeux et constata qu'il avait été planté de part en part. Lentement, l'épée se retira, une gerbe de sang accompagnant tout d'abord l'arme, avant qu'un intense flot rouge ne se déverse de la plaie béante.

Comme pour apposer sa signature, le garde-courroux, ricanant, attrapa Hägnar par la gorge, avant de le jeter tel un vulgaire chiffon usagé.

Affalé sur le ventre, son corps hurlant de douleur, le Nain tentait vainement de faire réagir ses muscles, hélas rien n'y fit. Sa lame n'était qu'à quelques centimètres de sa main, il pouvait presque la saisir...

Rassemblant toute sa force, il rampa et parvint à attraper la poignée, colorant la neige immaculée d'un sang écarlate. Dans une ultime parade, il voulait se lever, faire face une dernière fois à celui qui le condamnerait à mort, comme un dernier acte de résistance, mais ses jambes étaient plus lourde que la Montagne.

Le démon se tenait non loin devant lui, victorieux, demeurant quelques instants immobile, comme s'il savourait la douleur de son adversaire, et s'avança d'un pas lent vers Hägnar.

Ce dernier releva la tête. Il était impensable qu'un Marteau-fracassant ne montre ne serait-ce qu'une once de peur face à son ennemi. Il voulait insulter, hurlait que jamais la Légion ne vaincrait. Mais ses poumons ne recrachaient que du sang. Sa vision devint de plus en plus obscure.

Puis il ne restait que les ténèbres.

***********************

Il n'y avait plus de son, plus d'image, plus de sensations. Plus aucun cri, plus de pleurs, plus de rage, plus de colère, plus de sang, plus rien.
Plongé dans la Ténèbre, Hägnar se mit à croire qu'il était mort. Ça y est, était-ce là la récompense de sa vie ? L'obscurité éternelle ? N'avait-il donc mérité que ça ? Où étaient les banquets éternels, la joie infinie de revoir sa famille et ses amis, de rencontrer ses ancêtres guerriers ? N'était-ce donc qu'un mensonge ?

Son questionnement fut de bien courte durée lorsqu'une lumière aveuglante lui fit fermer les yeux. Quelques secondes d'acclimatation furent nécessaire avant qu'il ne puisse remarquer qu'il était toujours à Kharanos, mais quelque chose avait changé.

Outre le fait que les rues de la ville étaient totalement désertes, la vision en elle même était étrange. Les paysages semblaient avoir revêtit une sorte de filtre, laissant uniquement des couleurs blanchâtres et bleutées.

Il regarda ses mains et remarqua rapidement qu'elles étaient transparentes. Visiblement, le reste de son corps était dans la même situation.

Une sensation étrange le frappa, comme s'il était observé. Ses mains allèrent instinctivement attraper ses armes, mais elles n'étaient plus là.

« Qu'est ce que c'est qu'ce foutoir » murmura t'il, avant de sursauter au son de sa voix, comme s'il l'entendait pour la première fois.

Le Nain erra en ville, essayant de découvrir un semblant de logique à cette situation. Il passa devant la forge. Habituellement de nombreux fracas s'échappaient du bâtiment, le doux son du marteau contre l'enclume, embelli par le minerai qui était travaillé. Si Hägnar n'était pas forgeron, il savait que chaque matériaux émettaient un son bien distinct. Aujourd'hui, ce n'est qu'un silence morne qui l'accueillait.

Était-il devenu un simple esprit, condamné à errer dans ce purgatoire, seul, pour l'éternité ? Cette pensée le fit vaciller. Puis, comme pour répondre à son désarrois, il entendit quelque chose.

Cling

Hägnar se précipita vers la source sonore. Le bruit provenait de la taverne. Le Nain entra en trombe dans le bâtiment. A première vue, il était vide, comme l'était le reste de la ville, mais en regardant attentivement, quelque chose se mouvait derrière le bar. Traversant lentement la salle principale, il s'arrêta au niveau du comptoir.

Un Nain en armure tout aussi fantomatique se présenta. Tout de plaque vêtu, une chope spectrale à chaque main, il en déposa une devant Hägnar, qui restait bouche bée devant la vision de qui lui offrait.

« Par tous les titans... Père ? »

***********************

Koïn Marteau-fracassant avala d'une traite sa bière et claqua son bock sur le zinc.

« S'lut mon fils. T'as bonne mine.»

Hägnar demeura inerte quelques instants, interdit. La situation lui noua la gorge, incapable de prononcer le moindre mot. Son père décédé se présentait à lui, dans son armure de combat, aussi vigoureux que dans ses plus vieux souvenir. Il prit une longue inspiration et expira, tentant de reprendre rapidement ses esprits, et enchaîna sur un trait d'humour.

« Si on omet l'fait que j'sois mort, ouais, ça va. »

Son père rit à gorge déployé. Le même rire que dans les souvenirs d'Hägnar. Tout était pareil, il reconnaissait l'armure que son père portait, le marteau nanique qui l'avait tant et tant amoché lors des entraînements dans sa jeunesse, sa longue barbe nouée en deux nattes qui avait inspiré son style capillaire. Si ce n'était une illusion, un quelconque piège tordu pour briser Hägnar, elle était parfaite.

« J'reconnais bien là l'humour d'mon fils. Mais t'es pas mort, Häg', du moins pas encore. »

Le concerné haussa un sourcil. S'il n'était pas mort, quel était le sens de tout ça ? Et comme s'il entendait les pensées de son fils, Koïn enchaîna.

« J'peux pas trop en dire, mais disons qu't'es entre la vie et la mort. »

C'était un peu comme dire que l'eau ça mouille, mais qu'importe. Le Nain n'avait pas revu son père depuis son départ en Draenor. Le vieux Marteau-fracassant était décédé tandis qu'Hägnar luttait pour rentrer en Azeroth en compagnie du Commando de Chutelune et de l'Ost Pourpre. Il ne s'était pas pardonné d'avoir était absent pour les derniers instants de son père, comme il avait absent pour sa mère.

« Père, j'ai tant de choses à te dire, à te demander... »

A la vue de son paternel, il redevenait un enfant, égaré, ayant perdu son papa durant une promenade. Il bafouillait, les larmes lui embuait lui sa vision. Koïn posa tendrement sa main sur l'épaule d'Hägnar d'un sourire affectueux.

« Je sais, Häg, mais c'est pas le lieu, ni l'moment. »

Il laissa passer quelque instant afin de permettre à son fils de reprendre ses esprits, et proposa : « Si on sortait ? »

Ils sortirent de la distillerie Tonneblonde, mais la sensation d'être observé ne quittait pas Hägnar. Quelque chose le suivait, il en était persuadé. Son père lui donna un coup de coude, et indiqua le tête un lieu au coin d'une ruelle. L'endroit où Hägnar avait affronté son dernier adversaire.

« C'démon t'a mit une sacrée dérouillé. »

Hägnar soupira d'un air las. « J'me suis battu d'mon mieux, père. Je ne suis qu'un simple guerrier, combattant dans un monde bien compliqué. J'manipule point la magie, les éléments, ou la Lumière. Si j'étais dev'nu paladin comme toi, les choses auraient peut être été bien différentes... »

Koîn aggripa son fils par les épaules et le regarda droit dans les yeux. « N'ait jamais honte de c'que tu es, Hägnar. Paladin ou pas, t'es un Marteau-fracassant. Le fait d'être « qu'un simple guerrier » n'enlève en rien ta valeur, au contraire. En dépit de toute peur, t'as affronté la Légion Ardente, sans possibilité d'user de pouvoir surnaturel, et j'ai toujours admiré ça chez les guerriers. Mais il n'est jamais trop tard... »

Il continua, devinant qu'on lui poserait la question « trop tard pour ? » : « Si tu penses que la Lumière t'es nécessaire afin de combattre les démons, devient paladin, mon fils. Mais prend garde, la Lumière n'est pas qu'une simple arme. Ce n'est pas l'mortel qui use de la Lumière à son gré, c'est Elle qui lui accorde sa bénédiction. Ait la Foi, Hägnar, et soit digne de La manier. »

Hägnar baissa les yeux. Pouvait-il réellement devenir paladin ? Ce n'est pas la question de croire en la Lumière qui posait problème, il avait vu tellement de paladins à l’œuvre qu'il était indéniable qu'elle était une force réelle, mais pouvait-il en être digne ? N'était-il pas trop vieux, n'était-il pas trop tard ?

« Père, je ne sais pas... » il le coupa. « As-tu confiance en moi, Häg' ? »

La question ne se posait même pas. Immédiatement, le Nain hocha la tête.

« La Lumière n'abandonne pas les siens, tout comme tu n'abandonnerais jamais, et tout comme ta mère et moi ne t'avons jamais abandonné, mon fils. Nous sommes fier du Nain que t'es dev'nu, fier de tout ce que tu as accompli, et j'suis persuadé que tu accompliras encore beaucoup d'autres choses. »

Koïn donna deux grandes tapes sur les épaules de son fils, les larmes aux yeux, et s'écarta de quelques pas.

« Il est temps, Häg. N'oublie pas, on s'ra toujours à tes cotés. Botte le cul de ce démon ! J'veux pas te revoir avant quinze décennies !»

Les pensées d'Hägnar fusait à toute vitesse. Il avait encore beaucoup de choses à dire à Koïn, mais alors que ce dernier s'écartait, il senti une présence derrière lui. La même sensation qui l'avait accompagné tout le long de son passage dans le monde des morts. Il se retourna et vit une intense lueur. Au sein de cet éclat, il cru apercevoir une forme ailée, et tandis qu'il replongeait dans les ténèbres une voix résonna dans sa tête.

« Ton heure n'est pas encore venue, mortel. »

***********************

En revenant à lui, Hägnar revit le démon, victorieux, s'approcher de lui d'un pas lent et sourd.

Son escapade spirituelle ne semblait avoir duré qu'une fraction de seconde, le temps d'un clignement d'yeux. Avait-il rêvé ? Tout ceci n'avait-il été qu'une hallucination de son esprit défaillant à l'approche de la mort ?

Malgré la douleur atroce, il parvint à tendre ses bras, et à se relever légèrement. Il posa un genou à terre, mais ne pu guère faire mieux. Le sang coulait abondamment de son ventre, agrandissant la flaque qui s'était formée dans la neige. La rencontre entre le liquide chaud et le sol provoquait un petit nuage de vapeur. Le garde-courroux patienta, ricanant, et se remit en marche.

Il contempla sa lame brisée, cracha un filet de sang, et commença à prier.

« J'sais pas si j'en suis digne, ou si j'en suis capable... Mais j't'en supplie, Lumière, donne moi... prête moi ta force... pour que j'puisse poutrer ce démon... et l'renvoyer dans son putain d'royaume démoniaque... »

Le démon s'arrêta à la hauteur d'Hägnar, et clama, en langage commun. « Pitoyable mortel, ton monde brûlera comme les autres ! Nul ne peut arrêter la Légion Ardente ! »

Il leva une de ses lames, et l’abattit sur Hägnar. Par réflexe, le Nain leva sa lame, sachant pertinemment qu'elle n'arrêterait plus jamais rien, et ferma les yeux, plus par instinct que par peur, prêt à mourir et à rejoindre ses ancêtres.

Mais quelque chose se passa. Hägnar ne senti pas le coup d'épée. Il rouvrit les yeux, et constata l'impensable.

Son épée s'était reformée. Pas d'acier, cependant, mais d'une lumière qui semblait s'être matérialisée.

Les deux adversaires s'immobilisèrent, aussi surpris l'un que l'autre. Mais Hägnar ne laisserait pas passer cette chance. Il se leva, toute sa douleur disparu en un instant, et enfonça son arme dans le buste du garde-courroux.

Le démon hurla tandis que des fissures lumineuses commencèrent à parcourir son corps. Hägnar, en enfonçant toujours plus profondément l'arme de lumière, ne pu s’empêcher de prononcer quelques mots.

« Quand tu r'tourneras dans l'Néant, rapporte un message d'ma part. Dit à tes généraux, dit à chaque démons grouillant dans l'Univers, dit à quiconque croyant pouvoir briser Azeroth, à tous, dit leur... que JAMAIS NOUS NE PLOIRONT DEVANT LA LEGION ! »

Puis il explosa dans de multiples jets lumineux. Ceci fait, la lame ne redevint qu'un simple bout de métal, et Hägnar s'effondra, inconscient, dans une mare d'ichor et de sang.

***********************

Hägnar se réveilla à l'infirmerie de Forgefer, dans un lit de fortune installé à même le sol. Il n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis son combat ni comment il était arrivé jusqu'ici. Une Naine, visiblement prêtresse, vit qu'il s'était éveillé et s'avança vers lui.

« Bougez pas trop, l'ami, vous avez été bien amoché. Vous vous rappelez de ce qu'il s'est passé ? C'quoi votre nom ? »

En tentant de se relever, une douleur lancinante lui perfora le ventre. Il renonça et reposa sa tête sur son l'oreiller.

« Mmpfh... Hägnar Marteau-fracassant... J'ai failli m'faire découper par un démon... comment j'suis arrivé jusqu'ici ? »

Elle nota quelques inscriptions sur un calepin et le rangea dans sa robe. « Vous avez été amené ici il y a deux jours par Nain accompagné d'un demi-Elfe manieur de Lumière. C't'un miracle que vous soyez toujours en vie, vu la quantité d'sang que vous avez perdu. »

Un miracle... le mot n'aurait pas pu être mieux choisi. La Lumière... elle avait accepté de répondre à l'appel d'Hägnar. Il demanda à la Naine où était son équipement et elle lui désigna un coffre à coté de son lit. En se tenant fermement le ventre, il parvint à s'asseoir sur sa couchette et ouvrit le meuble. Son équipement était très mal en point, il était certain que jamais il ne resservirait à nouveau. Le Nain extirpa sa lame brisée et la contempla quelques instants. Il se concentra, tentant de reproduire ce qu'il avait fait sur le champ de bataille, mais rien ne se produisit.

C'était prévisible. On ne pouvait décemment pas manier la Lumière sans aucun entraînement. Quelqu'un devrait lui enseigner les voies de la Lumière.

« S'cusez, m'dame. J'pourrais avoir d'quoi écrire ? J'ai une lettre à envoyer... »

Le temps était compté. La Légion Ardente était revenue en Azeroth pour réclamer ce qu'elle était venue chercher il y a 10 000 ans. Hägnar ne pouvait se permettre de passer plusieurs mois à apprendre, il devait pouvoir se battre au plus vite aux cotés de ses compagnons. Il savait précisément qui pourrait lui transmettre un tel enseignement en peu de temps.

Plus jamais il ne laisserait un démon avoir le dessus. Il était temps de terminer le combat, et il offrirait ses bras à la Lumière dans cette lutte entre le Bien et le Mal.

Il le jura, au nom de tout ceux qui était mort à Kharanos.

Il le jura, au nom de son père.


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MessagePosté le: Jeu 27 Avr - 17:19 (2017)    Sujet du message: Publicité

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Bärdim Brise-Acier


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Inscrit le: 12 Déc 2016
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MessagePosté le: Jeu 27 Avr - 17:22 (2017)    Sujet du message: Au nom de nos pères Répondre en citant

ÉCRIT II - DANS LE FER ET LA LUMIÈRE

Il commençait à se faire tard à la Garnison du ruisseau de l'ouest. La nuit recouvrait lentement les cieux de la forêt d'Elwynn, mais l'activité ne cessait pas pour autant.

Les invasions avaient débutées voici une quinzaine de jours. Dun Morogh n'avait pas été la seule région touchée par l'apocalypse. Un peu partout, la Légion Ardente tentait de prendre pied en Azeroth.

Dans la forêt d'Elwynn, le temps était clément. Un doux zéphyr parcourait la mer verte de la région, produisant cette mélodie caractéristique que joue le vent lorsqu'il traverse les feuillages des arbres. Difficile de croire qu'au delà de la rivière ayant donné son nom au bastion qu'utilisait l'Ost Pourpre, la désolation se répandait dans la Marche de l'Ouest.

En effet, de l'autre coté du cour d'eau, de nombreuses personnes se battaient pour leur propre survie mais également pour défendre leur monde. Et Hägnar n'y était pas.

Toujours affaibli de son dernier combat, il parvenait à peine à se mouvoir correctement dans une armure. Il maudissait sa propre faiblesse en cet instant. Il cramponna son torse à l'endroit où le garde-courroux l'avait transpercé, comme pour voir si cela avait réel. Bien sûr que ça l'était.

Depuis son coté de la rive, il pouvait voir les trainées ardentes des infernaux, les tirs gangrénés des vaisseaux spatiaux, les lueurs verdâtres du ciel, mais rien n'y ferait. Hägnar ne pouvait pas y être.

Le Nain tenta de se calmer. Ce n'était pas bon pour sa concentration, et s'il n'était pas concentrer, ça barderait pour son matricule.

Il entendit des pas et des cliquetis d'armure derrière lui, accompagnés d'une ombre mouvante sous un feu vacillant.

L'entrainement allait commencer. Qu'allait t'il donc subir, ce soir ? Théologie vindicative, être attaqué à coup de Lumière, tentative de noyade, combats avec une plaie béante au torse...

Mais qu'importe, il devait aller jusqu'au bout, qu'importe ses doutes. Il le devait pour son père, il le devait pour lui même.

Et ce soir, une semaine après le commencement, l'entrainement sous la tutelle de Jadie Faldren, l'entrainement continuait.

----------------------------
Une semaine plus tôt

"Salut, la Furie

Les Ténèbres s'abattent de nouveau sur notre monde. J'ai entendu dire que la Légion attaquait les Contrefort de Hautebrande, donc je ne pense pas me tromper en disant que tu dois être en train de l'affronter.

J'espère que tu vas bien, mais je n'envoie pas cette lettre par pure abnégation, et je le regrette. J'ai une demande bien égoiste à te formuler, Jadie. Te décrire la totalité de l'histoire serait trop long, mais sache que j'ai besoin de toi.

Viens à la garnison de l'Ost Pourpre, je t'expliquerai tout.

Ton ami, Hägnar Marteau-fracassant"


Voici le message envoyé par Hägnar le jour de son réveil. Il avait le mérite d'être clair et concis. C'était en effet à Jadie qu'il avait demandé un enseignement des voies de la Lumière.

Pourquoi elle ? La question était légitime. L'Ost Pourpre comprenait tout de même un certain nombre de paladin. Ce n'était pas une question de confiance, pas le moins du monde. Mais Hägnar recherchait quelqu'un qui avait... la hargne d'enseigner la Lumière, quitte à prendre des mesures extrêmes pour parvenir à des résultats en un temps limité. Jadie convenait parfaitement, en témoigneraient les prochains jours.

Puis il y avait autre chose. Même si c'était une peste, Hägnar l'appréciait, au même égard qu'un père envers sa fille en crise d'adolescence. Au moins, peut être qu'il parviendrait à calmer un peu la Furie Écarlate, pensait-il.

L'humaine arriva plusieurs jours après, au coucher du soleil. Hägnar l'attendait, en tenue civile, des bandages recouvrant son torse. Jadie, peu encline à discuter et perdre du temps en temps de guerre voulait rapidement une explication, et Hägnar lui donna. Il cherchait à apprendre rapidement le maniement de la Lumière. Les premiers paladins furent formés après la Première Guerre en quelques mois. Le Marteau-fracassant ne disposait pas d'autant de temps. Un assaut sur le rivage brisé par les héros d'Azeroth, on aurait forcément besoin de toutes les troupes disponibles après cette attaque de l'Alliance et de la Horde contre le point d'entrée de la Légion.

Quelques semaines tout au plus. En ce laps de temps, Hägnar voulait être en mesure de manier la Lumière. Du moins, les bases. Jadie le prévint qu'il serait très difficile d'arriver à un haut niveau en si peu de temps, mais qu'importe. Hägnar n'en demandait pas temps. Les bases suffiraient, il apprendrait le reste sur le terrain. Car oui, il comptait partir sur les îles brisées, et il espérait que l'Ost Pourpre était dans le même cas de figure.

Jadie accepta d'apporter son aide au Nain dans sa quête de Lumière, visiblement bien contente de conduire un hérétique sur la voie du Bien.

Elle lui donna trois règles qui pouvaient se résumer à "J'ai toujours raison" – "Si j'ai tort, voir régle 1" et "N'insulte jamais la Sainte-Lumière"

La séance se poursuivit en discussion théologique sur la Lumière. Si Hägnar n'était pas toujours d'accord la jeune femme, il n'en laissait rien percevoir. Le gros point de discorde fut sur le fait que pour manier la Lumière, Hägnar devait arrêter de boire. Il n'est pas nécessaire d'expliquer la véhémence qui habitait le Nain par la suite.

Le véritable entrainement commencerait le lendemain. Inutile de dire que Jadie se montrerait à la hauteur des espérances d'Hägnar... voir davantage.

***********************

(texte by Jadie)

La veille, le sermon avait duré une heure. Peut-être deux. Il avait semblé comprendre pourtant. La nature divine de la Lumière. Comprendre que celui qui prétendait maîtriser Ses Énergies Sacrées n’était qu’un fou orgueilleux qui ne pourrait rencontrer qu’un mur au bout du voyage. On n’invoque pas la Lumière, lui avait-elle dit ; on en appelle à Sa Bienveillance, et Elle vous répond comme une amie fidèle. Il avait paru saisir que seule une Foi véritable et sincère pouvait lui permettre de manier Sa Puissance. Une Foi inconditionnelle, qui échappât à tout raisonnement et qui pourtant se ressentait jusqu’au fond du ventre. Oui, cela avait semblé difficile au début, mais à la fin l’espoir était permis…

« Par l’Enfer Hägnar, NON, NON ET NON ! Pas comme ça ! Non, ne force pas, par l’Enfer ! Elle doit venir à toi, pas l’inverse ! »

Mais il fallait se rendre à l’évidence. Hägnar Marteau-fracassant était médiocre pour appliquer des directives simples et on ne peut plus clairement énoncées. Est-ce qu’il fallait lui hurler dans ses oreilles pleines de poils pour qu’il comprenne ?
Le Nain pressa l’assaut, attisé par les réprimandes de la rousse, et son épée vint heurter le bouclier orné de la flamme écarlate. Un pied botté vint se loger dans son ventre, l’envoyant en arrière et menaçant de rouvrir sa blessure encore fragilement guérie. Il laissa s’échapper un grognement.

« Si j’étais en pleine forme ma p’tite, crois-moi qu’le vieux débrit aurait d’quoi t’donner du fil à r’tordre… »

Elle lâcha un « pfeuh ! » dédaigneux et lui fit signe d’approcher, provocatrice. Le Nain pressa encore une fois l’attaque, feinta, parvint à passer sa défense, et…
Fut dévié et renvoyé brutalement en arrière. Une sphère rayonnante, presque aveuglante, entourait son adversaire d’un champ protecteur, impénétrable. Un bouclier divin ! Elle avait fait appel à un bouclier divin !

« Hé ! pesta le Nain. C’est pas du jeu ça !

— Ce n’est PAS un jeu, rétorqua-t-elle sèchement. Si tu crois que c’est un exercice d’escrime tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Je n’en ai rien à faire que tu aies deux mille ans de bouteille dans le maniement de l’épée ou que tu puisses me concasser la tête avec ton marteau. Pas plus que les démons.

— Pourtant jusque-là ce marteau a bien réussi à les aligner.

— Jusqu’à ce qu’il vole en éclats et que tu te fasses éventrer comme un goret. »

Le ton était sans appel, aussi impitoyable que la vérité qui venait de lui être assénée. Hägnar encaissa la gifle et serra la mâchoire. Elle avait raison, salement raison, et ce n’était pas agréable à entendre. Le souvenir de la défaite était encore frais, la plaie du doute encore bien ouverte. Il essaya à nouveau de se concentrer pour invoquer la Lumière, comme il l’avait fait cette fois-là, lorsqu’il avait été rappelé d’une mort certaine par le souvenir de son père…



Rien.
Son élève ne parvenait à rien. Un incapable, pensa-t-elle avec colère. Un raté trop longtemps perverti par des croyances fausses et des pratiques barbares, qui se roulait allègrement dans sa perversion alcoolique. Elle secoua la tête — il fallait pourtant parvenir à quelque chose, un résultat, aussi infime fût-il ; et alors tout serait plus simple… et ils n’avaient pas le choix.
La Légion Ardente étaient à leurs portes et menaçait d’anéantir toute vie. Déjà la plus grande armée que la Horde et l’Alliance avaient jamais dressée se mobilisait pour frapper dans l’épicentre de l’invasion. Elle avait contribué à la défense de Hautebrande, le point le plus proche où elle pouvait se rendre utile, et avait vu de ses propres yeux l’enfer se déchaîner sous ses yeux. Sans la protection de la Sainte Lumière jamais elle n’aurait pu se dresser et combattre dans un tel chaos. C’était pour ça qu’elle avait répondu immédiatement à l’appel d’Hägnar : elle voyait en lui ce qui aurait pu lui arriver si elle avait combattu seule la horde infernale. Et cela l’angoissait terriblement.
Peut-être que si elle parvenait à raviver l’impression qui s’était emparée du Nain lorsque la Lumière était entrée en lui, à ranimer les sensations qui avaient saisi ses tripes au moment le plus crucial, tout l’aspect physique, émotionnel, car c’était ça et seulement ça qui comptait… mais comment raviver de tels souvenirs ? Est-ce qu’il lui faudrait mourir à chaque fois qu’il voudrait faire appel aux énergies sacrées ?

… Mourir?

Jadie esquissa un sourire. Elle avait trouvé.

Soudain elle pressa l’attaque, sans prévenir. Hägnar para, se défendit, fit d’habiles passes pour dévier l’épée flamboyante qui fonçait droit sur lui. Elle avançait toujours, le forçant à reculer, toujours reculer sur les berges. Il n’eut pas le temps de protester contre cet assaut démesuré : déjà ses pieds touchaient l’eau… Maintenant !
Une décharge d’énergie sacrée l’envoya droit dans la rivière, au bord du rivage, la tête complètement immergée sous l’eau. Au moment où il voulut se relever pour échapper à la noyade, elle écrasa son pied sur sa blessure, sans se préoccuper un seul instant de l’atroce douleur qu’elle devait lui infliger.

« Allez ! Appelle-La ! C’est ton seul moyen de rester en vie ! La Lumière te protègera, APPELLE-LA ! »

Le Nain se tortillait comme un poisson qui suffoque, mais elle ne lâchait pas sa prise. Quand il voulut soulever son arme, elle posa l’autre pied.

« Je ne te laisserai pas remonter tant qu’il n’y aurait pas eu un signe, TU M’ENTENDS ?! »

Une infime lueur suffirait, par l’Enfer, une étincelle ; il le devait, il le devait ! Bien sûr qu’elle ne le laisserait pas se noyer, mais la Légion serait plus impitoyable qu’elle, alors, par tous les saints, par la Sainte Lumière seule digne d’être adorée, par tout ce qui était sacré, il devait parvenir à quelque chose !
Les bulles commençaient déjà à se raréfier. Ses gigotements devenaient plus faible, il sombrait dans l’inconscience. Elle s’apprêta à le sortir, ravalant amèrement sa déception et sa colère ; colère contre son élève qui n’arrivait à rien, colère contre elle-même et son inutilité.

Et soudain, une lueur.
Une faible lueur dorée nimbait la lame, là, sous l’eau.
Le miracle, encore une fois.


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Bärdim Brise-Acier


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MessagePosté le: Jeu 27 Avr - 17:23 (2017)    Sujet du message: Au nom de nos pères Répondre en citant

ÉCRIT III - HONNEUR ET CONVICTIONS

Forgefer. Cent-vingt ans avant l’ouverture de la Porte des Ténèbres

“Pour Hägnar Marteau-fracassant, le nouveau garde de not’ demeure sous la Montagne !”
“Pour Hägnar !”

Les chopes de bières s’entrechoquèrent violemment, laissant un flot de bière éclabousser la table de pierre. Puis, dans un silence religieux, les Nains burent d’une traite le contenu de leur verre avant de le poser sur la table dans un fraca qui réveillerait un ours en hibernation

Hägnar, du haut de ses vingt ans, commençait à sentir les effets de l’alcool. Ce n’était pas la première tournée de la soirée, et loin d’être la dernière. Pour fêter la fin de sa formation, son père Koïn l’invita à prendre un verre à la taverne. Puis les choses en entraînant une autre, les cousins arrivèrent, les amis, la famille, d’autres gardes, des inconnus, et même un bélier. Un bélier dans une taverne ! En cette soirée d’hiver, le bâtiment était plein à craquer.

Le Nain se leva de la table et tituba entre les gens qui le félicitaient et ceux voulant trinquer, puis arriva finalement à l’extérieur.

Son père le suivi de près et s’assied à ses côtés. Il sortit une pipe, qu’il présenta à son fils d’un air interrogatif. Ce dernier déclina poliment. Il n’aimait pas le goût du tabac. L’aimerait-il un jour ?

Koïn ricana en bourrant sa pipe. “T’as des p’tits yeux, dit donc.”

Hägnar se frappa le torse et laissa échapper un puissant rot sonore. “En même temps, ça commence à charger un peu, là. J’vais p’t’êre m’calmer un peu, j’vais faire mon serment d’main matin quand même.”

Le père alluma sa pipe puis prit une longue bouffée avant d’en recracher la fumée sous forme de petits cercles qui s’envolèrent lentement. “J’suis fier de toi, Häg. C’t’une lourde responsabilité de d’venir garde. Incarner la Loi n’est pas toujours une chose facile, tu dois t’en douter.”

Il hocha la tête. “Je m’en doute. Les criminels n’doivent pas toujours être faciles à arrêter”

Koïn secoua la tête. “C’pas d’ça que je parle. J’parle du fait que parfois, tu d’vras mettre d’coté c’que tu crois et c’que tu penses pour faire ce qui est juste.” Voyant l’air interrogatif de son fils, il continua. “Imagine qu’un jour, malheureusement, un criminel assassine ta mère ou moi, et que tu l’chopes. Tu n’voudrais pas t’venger ?”

Hägnar hocha un sourcil. “Evidemment qu’si. C’est normal j’pense, et j’lui ferais payer d’mes mains !”

Son père aspira et souffla un épais nuage de fumée. L’odeur âcre du tabac attaqua les sinus d’Hägnar. En rallumant sa pipe, il reprit. “Et c’est ici le dilemme, Häg. Tu n’dois pas faire justice toi même. T’es ni juge, ni bourreau. Si tu fais ce serment demain, t’engages ton Honneur à toujours faire ce qui DOIT être fait. Ce n’est pas une chose aisée, mon fils. De nombreuses fois j’ai été tenté d’agir. Mais ce serait désobéir à mes supérieurs, et rompre mon serment.”

Il laissa passer quelques instants. On entendant les gens rires, crier, et chanter. Sans aucun doute, de nombreux Nains ne se rappelleraient pas de cette soirée demain. Koïn reprit, gravement.

“Pour autant, désobéir n’est pas nécessairement l’pire chose à faire. Les Nains sont faillibles, les chefs l’sont également. Nul ordre ne peut se dire absolu. Mais là, c’est au plus profond de toi qu’tu sauras si tu dois suivre ton Honneur, ou bien tes Convictions. Est-ce que tu comprends ?”

Hägnar secoua la tête. Son père soupira et passa une main dans la tignasse de son fils en souriant.

“Un jour, tu comprendras. Le moment où tu d’vras choisir n’arrivera p’t’être jamais, Hägnar, mais s’il vient, j’suis sûr que tu prendras la bonne décision.”

***********************

Garnison du Ruisseau de l’Ouest, trente-cinq ans après l’ouverture de la Porte des Ténèbres

Hägnar se tenait devant l’endroit où se trouvait la charte de l’Ost Pourpre. Il s‘arrêta quelques instants, puis ouvrit la porte en bois d’un air interdit. Un grincement plaintif se fit entendre quelques instants, avant de se muer dans un silence.

Il entra dans une pièce faiblement éclairée. Seule une ouverture au mur faisait office de fenêtre, mais Hägnar avait choisi de se rendre ici tard dans la soirée. Sa condition nanique lui conférait l’avantage certain d’avoir une meilleure vision de nuit. Il repéra une sorte de bâton qui devait certainement être une bougie. Il l’attrapa, ressorti brièvement de la salle afin de ne pas provoquer d’accident ou d’incendie, et craqua une allumette.

Le cierge allumé, on pouvait enfin voir clairement les choses. Il retourna à l’ouvrage contenant les serments des membres de l’Ost, puis le feuilleta.

La toute première signature datait d’il y a plus de huit ans. Il s’agissait de celle d’Aurys de Nor Laedro. Hägnar n’avait que du respect pour cette femme. Il avait combattu à ses côtés sur Draenor, ainsi qu’aux côtés d’autres membres de l’Ost. Il esquissa un sourire en pensant qu’après tant d’années, sa volonté n’était pas le moins du monde ébranlée. Lordaeron était tombée voilà plus de quinze ans, ses terres étaient hantées par les morts, mais tout ceux qui avaient imposé leurs patronymes dans ce livre était prêt à donner leur vie pour récupérer leur foyer ou pour aider à l’anéantissement de l’empire Réprouvé.

Et Hägnar se trouvait ici pour cette raison. Il fallait faire barrage aux Réprouvés. Les morts-vivants convoitaient les Hinterlands, les terres de ses cousins Marteaux-hardis. Jamais il ne laisserait les armées de Sylvanas transformer ces terres naines en cimetière géant. Les Réprouvés n’étaient pas responsable de la chute de Lordaeron, mais Gilnéas, Hautebrande, la forêt des Pins Argentés, c’était uniquement de leur fait.

Dans cet ouvrage, nombreux étaient les noms inconnus. Étaient-ils morts au combat ? Étaient-ils partis ? Dans tous les cas, le nom d’Hägnar Marteau-fracassant rejoindrait très bientôt ces pages.

Le Nain attrapa une plume qu’il plongea dans l’encrier. Il l'essuya légèrement afin de ne pas faire de goutte sur le vélin, et déposa la pointe sur une page vierge. Mais rien ne vint.

Il inspira profondément. Draenor était derrière lui, la Horde de Fer n’était plus une menace, il avait accompli son devoir en tant qu’avant garde d’Azeroth. Il était libre de se concentrer sur la menace que représentait les morts-vivants. Mais pourtant, une part de lui lui disait que ce n’était pas une bonne idée.

Il secoua la tête. C’était absurde. Il ne pouvait plus rien arriver d’affreux, maintenant. D’une traite, il scella la promesse qu’il avait faite à la Connétable de l’Ost Pourpre lors de cette soirée dans les Flèches d’Arak. D’un geste, il rejoignit le combat contre les Réprouvés.

Moi, Hägnar Marteau-fracassant, fils de Koïn et descendant de Baeldir le Premier Marteau-fracassant, jure sur mon honneur ainsi que sur le sang de mes ancêtres de servir, honorer et protéger les intérêts et les membres de l'Ost Pourpre.
Mon marteau est leur pour œuvrer à la libération des terres du Nord du joug de l'engeance réprouvée. Je serais fidèle à cette cause jusqu'à mon dernier souffle.

L'Ost Pourpre vaincra !

***********************

Griseveille, trente-six ans après l’ouverture de la Porte des Ténèbres.

C’est en haut des remparts du camp que se tenait Hägnar, le regard las. Sa pipe entre les lèvres, il regardait nonchalamment les étendus terrestres devant lui, à la lumière de la pleine lune.

Dans ses mains, il tenait une lettre, dans laquelle il expliquait tout. Où il expliquait pourquoi il partait.

Il avait beaucoup réfléchit, et il ne pouvait plus continuer à se battre pour une cause qu’il ne soutenait pas, ni pour un ordre dans lequel il n’avait plus confiance. A l’heure où la Légion lançait toute ses forces contre Azeroth, c’était de la folie de vouloir combattre les Réprouvés. C’était du fanatisme.

Hägnar regarda longuement l’enveloppe scellée. Bien qu’il ne le voyait pas comme ça, partir serait considéré par le commandement comme une trahison. De toute manière, il désobéissait à l’ordre d’un supérieur. Il rompait son serment.

Le Nain descendit de la fortification et se dirigea lentement vers le bâtiment abritant le haut commandement. Chaque pas le rapprochait d’un point de non retour. Chaque pas produisait en lui un écho du passé, des paroles qu’il avait entendu, des mots qu’il avait prononcé.

Bong. La discussion avec le Lieutenant Forgeciel, tantôt

“Est-ce que vous pensez qu'les gradés d'l'Ost vont s'décider à oublier un peu les Réprouvés pour s'concentrer sur la plus grande menace de l'Univers connu, la Légion ?”

“Vous mettez en doute les ordres qui vous sont donnés ?”

Oui. La réponse était définitivement oui. La poursuite de la Reine Banshee ne valait pas la destruction d’Azeroth.Tuer Sylvanas ici ne rendrait pas Lordaeron. Cette terre était damnée, pour l’éternité. Puissent les membres de l’Ost Pourpre s’en rendre compte, un jour.

Bong. Il répond à la question que Durandill lui a posé.

“J'ai juré de défendre les intérêts de l'Ost Pourpre, et ces intérêts convergent vers un point central : sauver notre monde.” Je lui présente mes armes, nimbées d'une aura lumineuse. “Ca, c'est ma détermination à combattre la Légion Ardente, pour le salut d'Azeroth.”

Jamais Hägnar n’aurait pu être plus honnête. Il aurait pu tronquer son opinion, mais Dur méritait une réponse sincère.

Bong. La garnison de l’Ost Pourpre, il écrit son serment dans la Charte, aux côtés de ceux de ses nouveaux frères d’armes.

“Je jure sur mon honneur ainsi que sur le sang de mes ancêtres de servir, honorer et protéger les intérêts et les membres de l'Ost Pourpre.”

Combattre la Légion, c’est protéger l’Ost. Hägnar en était certain. C’était là la véritable protection de ses frères et soeurs d’arme. Il espérait que ses Ancêtres penseraient cela également...

Bong. Draenor, dans les flèches d’Arak.

“Quand cette histoire s’ra terminée, Connétable, mon marteau sera votre dans la lutte contre les Réprouvés.”

Il n’avait pas menti. Il avait affronté les Réprouvés dans le Nord et à Tornheim, mais dorénavant c’est un autre combat qu’il fallait mener.

Bong. Ce n’est pas un souvenir qui arriva à Hägnar. C’était une voix venant d’un temps lointain. Celle d’un Nain qui avait compris que tout ceci se produirait.

“Le moment d’choisir est arrivé, Hägnar.”

Il s’arrêta quelques instants et leva le regard vers le ciel.

“J’ai compris, Père.”


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Bärdim Brise-Acier


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MessagePosté le: Jeu 27 Avr - 17:23 (2017)    Sujet du message: Au nom de nos pères Répondre en citant

ÉCRIT IV - Les Valeureux de Tornheim

La nuit tombait lentement sur Tornheim. Les faibles lueurs du jour disparaissaient et laissaient place à une vague de ténèbres qui engloutissait les Salle des Valeureux

C’était là le nom du domaine titanique qui surplombait l’est de la région. Selon les Vrykuls, c’est là bas qu’allaient les âmes des braves tombés au combat. Mythe, réalité, ce n’était pas ça qui préoccupait Hägnar.

La zone était sous siège démoniaque depuis l’invasion de la Légion Ardente. Si le Nain devait commencer son combat quelque part, c’était ici.

Il demeurait caché près d’un immense pont qui menait droit au complexe. Non loin de l’entrée, quelques gangrevrykuls montaient la garde. C’était le premier objectif.

Hägnar demeura dissimulé quelques temps, afin de mémoriser la ronde des gardes. Une fois la faille trouvée, il s'y engouffra rapidement, tachant de ne pas se faire repérer.

Au fond de lui, le Nain était persuadé que c’était une mauvaise idée, mais il devait le faire, pour Azeroth. Le plan était pourtant basique : infiltrer la zone, provoquer un maximum de dégâts, repartir en vie. Il s'était inspiré des vieilles tactiques naines durant la Deuxième Guerre. Mais en face, ce n’était pas quelques orcs peu habitués au terrain de Dun Morogh, mais une armada démoniaque.

Collé contre la paroi, il avançait lentement, se dissimulant dans la pénombre. De sombres nuages recouvraient la lune. Soudainement, un flash illumina les cieux, accompagné d’un craquement sourd. Un déluge glacé vint ensuite s’abattre sur la région.

Hägnar pesta. Au moins, la pluie couvrirait les bruits qu’il pourrait provoquer.

Il atteignit finalement l’extrémité du pont, et pu assister aux combats qui faisaient rage. Entre deux obscurités, la lumière apportée par les éclairs offrait une bonne vision des choses.

La zone était très vaste, séparé en deux par un long chemin. De part et d’autre du terrain, des vrykuls et des démons afflués vers l’entrée du bâtiment. Des drakes aux écailles électriques survolait périodiquement la zone, lâchant des orbes de foudre au sol.

Un beuglement interpella le Nain. Il se retourna et constata rapidement qu’un vrykul gangrené fonçait dans sa direction. En garde, il raviva la Lumière dans ses armes et se prépara à combattre.

Le vrykul abattit violemment un poing chargé d’une énergie verdâtre sur son adversaire. Ce dernier préféra se déplacer rapidement sur le côté en assénant un coup de marteau dans la jambe, ce qui lui fit poser un genou à terre. Un instant plus tard, sa tête gisait par terre, et son sang dégoulinait sur le sol, se mêlant à la pluie.

La tempête gagnait en intensité, comme si les éléments eux même avaient rejoint la bataille. Hägnar devait lutter à la fois contre les adversaires qui lui barraient la route et contre les éléments qui se déchainaient. Très vite, les armes du Nain se retrouvèrent recouverte de sang et d'ichor.

Il arriva jusqu’à l’un des plateaux centraux. De nombreux démons se tenaient ici, bien trop nombreux pour qu’Hägnar fasse quoique ce soit sans y laisser la vie (ce qui n’était pas l’objectif de la mission).

Il se dit alors que revenir vers l’arrière garde serait un meilleur plan. Mais dès qu’il fut retourné, un très gros Mo’arg lui faisait face. Il n’avait rien à voir avec les membres de son espèce en Outreterre : six fois la taille du Nain, aussi haut que large, armé d’une épée aussi grande que lui.

Il toisa Hägnar, poussa un beuglement et leva son arme. Le Nain comprit rapidement qu’il n’aurait pas le temps d’esquiver et croisa ses armes juste à temps pour arrêter l’attaque. L’impact résonna dans tout son corps et le fit vaciller.

Avant que son adversaire ne puisse contre-attaquer, le démon posa le tranchant de sa lame au sol et la racla rapidement par terre tout en l’amenant vers Hägnar. Le choc l’envoya dans les airs, telle une balle heurtée par une batte.

Il atterrit un peu plus loin, sur des escaliers. La chute lui coupa le souffle. Il sentit la pluie lui fouetter le visage encore quelques instants, puis il s'évanouit.

***********************

Une vive lumière arracha Hägnar de son inconscience. Il entr’ouvrit un oeil, qu’il dû refermer aussitôt à cause de l’intensité lumineuse.

Quelques secondes d’adaptation plus tard, il put enfin ouvrir pleinement les yeux et contempla la lumière du soleil qui se réfléchissait sur les montagnes neigeuses de l’ouest.

Le Nain était allongé sur des marches. Il jugea de part sa position qu'il avait chuté au delà des lignes de défenses vrykules. C'était un coup de chance. S'il avait atterri dans un groupe de démons...

Devant lui se tenait le champ de bataille, les cadavres fumant encore des combats acharnés de la nuit. Mais pour le moment, tout était calme, comme si la tempête de la veille n’avait jamais eu lieu.

Non loin se tenaient deux vrykuls géants à la peau d’acier, surveillant les lieux et agitant les cadavres de leurs cousins gangrénés pour vérifier que la vie les avait bien quitté.

Hésitant, Hägnar se releva lentement, encore ankylosé par les affrontements. Il chercha du regard ses armes. Non loin de lui, il aperçut son marteau, intact et sa flamberge, qui n’avait pas eu cette chance. La lame n’était pas brisée, mais le coup du Mo’arg l’avait salement endommagé. Des fissures parcouraient la lame et quelques bouts de métal s’était détaché de l’un des tranchants.

Se sentant observé, il se retourna. Au sommet des marches se tenait un colosse de fer à la barbe de feu. Les bras croisés, de son seul œil étincelant, il contemplait l’horizon.

Le Nain s’approcha, l’air interdit. Il faisait à peine la taille de son pied. Il leva la tête, et tenta de camoufler à quel point il était intimidé.

“Sa… salutations. Je suis Hägnar Marteau-fracassant. J’suis venu ici afin de donner un coup de main contre les démons…”

Le regard du mastodonte se posa lentement sur le Nain. Ce dernier déglutit. Il espérait ne pas avoir à faire à un énième vrykul caractériel mais version géante.

“Vos efforts ont été appréciés, mortel. Je suis Odyn, Primat désigné du panthéon des Titans, gardien des Salles des Valeureux.”

Hägnar inclina respectueusement la tête. Ce n’était pas tout les jours qu’on rencontrait le Primat des Titans. “C’est un honneur d’vous rencontrer, Odyn.”

L’intéressé ne réagit pas à la flagornerie et continua. “Vous avez combattu vaillamment. Continuez ainsi, et peut être qu’à votre mort, vous rejoindrez les rangs des Valarjars.”

“Ouais, à ma mort… “ conclut Hägnar. “J’dois vous avouer que c’est point trop dans mes projets” ajouta t’il en ramassant ses armes.

Un léger ricanement se fit entendre. “Ce choix ne dépend pas de vous, guerrier. Peut être nous reverrons nous plus tôt que vous ne croyez.” Odyn désigna ensuite le Nain. “Rendez vous à Valdisdall et demandez le forgeron Broulf, il vous aidera pour votre lame. Maintenant, partez. La Légion va revenir, mais les Salles des Valeureux sont sous ma protection. Votre assistance sera certainement appréciée ailleurs.”

Hägnar s’inclina bien bas, et tourna des talons. Alors qu’il descendait les escaliers, il entendit Odyn lui prodiguer un ultime conseil.

“Et n’oubliez pas : une vie sans bravoure ne vaut rien !”

C'est un conseil qu'Hägnar retiendrait. Mais ce n'était pas un manque de bravoure qui l'inquiétait.

Une fois sur le pont, il tourna la tête et observa l'horizon. Griseveille n'était pas si loin, à seulement quelques coups d'ailes d'oiseaux. Mais c'était bien trop tard pour faire marche arrière. Connaissant l'Ost Pourpre, le nom d'Hägnar Marteau-fracassant avait déjà dû être associé à des termes comme "traitre" ou "désertion".

Le Nain se tint le ventre. Pas tant à cause de la douleur des combats de la veille, mais plutôt par peine. Il n'avait voulu rien de tout ça. Si l'Ost Pourpre avait été raisonnable et avait laissé sa vengeance de coté...

Mais avec des si on ne refait pas le monde. Hägnar détourna la tête de cette vision et reparti, l'air déterminé. Il faisait ce qui était juste. Il en était sûr.
Comme toujours.


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Bärdim Brise-Acier


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MessagePosté le: Jeu 27 Avr - 17:23 (2017)    Sujet du message: Au nom de nos pères Répondre en citant

ÉCRIT V - Combattre pour ce en quoi nous croyons

Il faisait froid en cette matinée. L’air de la montagne gelait les poumons. Bien qu’habitué à ce climat, l’altitude était bien plus importante qu’à Dun Morogh. Cette sensation n’avait de cesse de rappeler à Hägnar que son foyer était bien trop loin. Mais il ne pouvait rentrer. Pas maintenant.

Cela faisait plusieurs semaines que le Nain avait quitté l’Ost Pourpre pour ce qu’il pensait devoir faire : affronter la Légion Ardente. Il avait participé à la défense des Salles des Valeureux, affronter des groupuscules de Tauren gangrénés, traquer des chefs démons dans Haut-Roc….

A défaut de combattre chaque jour des démons, il fallait également survivre dans la nature. Ce n’était pas tant un problème que ça, Hägnar avait parcouru le monde en mercenaire durant quelques années. Mais aujourd’hui, les démons et leurs séides pouvaient attaquer à tout moment.

Événement assez étonnant pour être notifié, durant l’une de ses aventures, il avait rencontré des sortes de raptors possédant un plumage semblable à ceux des oiseaux (des “raptoraplumes”, paraît-il). En tout cas, ils étaient comestibles.

Le lieu le plus sûr de la région était sans aucun doute Totem-du-Tonnerre, cité des Taurens de Haut-Roc. Exténué et usé des combats, Hägnar s’y était rendu, et à son grand étonnement, il avait été plutôt bien accueilli.

Deux semaines s’étaient écoulées durant lesquelles il avait tenté de se ressourcer et de méditer afin d'accroître sa maîtrise de la Lumière. Hägnar avait beaucoup appris ces derniers mois, il était capable de concentrer de la Lumière dans ses poings afin de cogner ses ennemis, voir même de temps à temps il arrivait à projeter un éclair de lumière. Une attaque forte utile. Il se considérait plus proche du paladin que du guerrier, d’ailleurs.

Mais c’était une toute autre raison qui l’avait mené en pleine ascension de Haut-Roc. Un jour, lors d’une errance autour de Totem-du-Tonnerre, il passa devant une petite hutte ouverte dans laquelle se tenait un Tauren. Tout autour de lui on pouvait observer des sortes de grigris fabriqués en bois et recouvert de peau tannée et de plume. Une étrange fumée s'élevait d’un breuvage qu’il préparait.

“Toi… Approche” lui dit le vieux Tauren dans un commun rocailleux.

Intrigué, le Nain s’avança lentement. “C’est à moi qu’vous parlez, l’ami ?”

L’Ancien hocha la tête. “Tu mènes un combat solitaire, guerrier. Je vois… du regret, de l’amertume, du doute. Assied-toi donc, peut être puis-je aider à éclairer ton chemin.”

Hägnar s’assit devant lui, écoutant attentivement. “J’devine qu’vous êtes un chaman ?” Il soupira. “J’ai décidé d’quitter mon ordre et d’briser mon serment dans l’objectif de combattre les démons, mais… j’sais toujours point si c’tait l’bonne à faire…”

“Ce qui est fait, est fait, guerrier. Tu dois te libérer de tes doutes et de tes peurs pour avancer.” le chaman prit une pincée de ce qui semblait être du sel et la jeta dans son bouillon. “J’entends la voix d’un de tes ancêtres. Il t’encourage à ne pas abandonner… Je sens également que la suite de ton parcours t’appelle dans cette direction…”

Il leva lentement son bras massif et le dirigea vers le sommet de la plus haute montagne. “C’est là bas que tu trouveras la prochaine étape de ton voyage.”

Hägnar plissa les yeux, l’air méfiant. “Pourquoi est-ce qu’vous m’aidez ?”

Le vieux Tauren sourit alors. “J’aide ceux qui erre à retrouver leur chemin. Ta cause est juste, pourquoi ne t’aiderais-je pas ? Maintenant va, ton destin t’attend.” termina t’il en buvant une louche de son breuvage en guise de point final à la discussion.

Et c’est ainsi qu’Hägnar se retrouva à grimper le haut mont de Haut-Roc, juste parce qu’un vieux chaman lui avait dit de le faire. Après tout, pourquoi pas.

Le sommet n’était plus très loin. De cette hauteur, on avait une vue imprenable sur le reste des îles brisées. De ce versant, on observait des forêts à perte de vue, mais également un gigantesque arbre aux couleurs sombres. Un Kaldorei lui avait qu’Il s’agissait de Shaladrassil, un arbre monde corrompu par le Cauchemar d’Emeraude. Bien que Xavius avait été vaincu, le Cauchemar demeurait encore dans certaine zone du Rêve d’Emeraude… Mais ce n’était pas le domaine de connaissance d’Hägnar.

Le sommet apparaissait lentement mais sûrement. Au loin, le Nain apercevait une silhouette. Cet endroit avait un point de vue exceptionnel, ce ne serait guère étonnant d’y rencontrer quelqu’un venu pour admirer l’horizon.

Mais plus il avançait, plus le personnage semblait familier. Et lorsqu’il fut à portée, sa surprise fut totale en le reconnaissant.

“Balduin ?”

***********************

Balduin était assis sur un simple rocher, immobile malgré le vent et la neige. Hägnar s’avança, et tenta de braver le bruit du blizzard.

“Par l’marteau de Khaz’goroth, qu’est ce que tu fais là ?!”

“J’savais qu’tu viendrais ici, j’ai vu ça dans mes rêves.”

“Ca répond point à ma question. Pourquoi t’es là ?”

Le Paladin, se releva, son marteau en main et se dirigea vers le nain. Il s’arrêta à quelques mètres de lui.

“Pour t’ramener, tudieu !”

Hägnar soupira. Il était touché par l’intention de son camarade, mais il n’aurait pas dû venir.

“J’t’avais laissé une lettre avant d’partir. T’aurais dû rester auprès des autres, pour les protéger ! J’ai mon propre chemin à faire.”

Un soupçon de colère émanait de Balduin, il leva son marteau face au visage d’Hägnar.

“Ta lettre disait de prendre soin de mes compagnons et aux dernières nouvelles t’en es un !”

Hägnar détourna le regard quelques instants. Il revint vers Balduin, sur un tout autre sujet.

“Comment vont les gars de l’Ost ?”

“Tu le verras de toi même quand tu reviendras au camp.”

“T’sais très bien que j’peux pas revenir. J’peux pas rester dans un ordre qui considère qu’la Légion Ardente n’est qu’une menace anecdotique !”

“Ah bah parc’que aller s’friter avec la Légion tout seul ça risque de changer quelque chose ?! T’es bien naïf sur c’coup là Hägnar…”

Une lueur de rage traversa les yeux d’Hägnar. Comment osait-il ?

“J’suis pas tout seul, Balduin. Sur cette terre, y’a des tas de gens qui se battent contre les démons. J’ai accompli bien plus de choses seul qu’en restant dans l’Ost Pourpre, à poireauter à l’entrée d’un camp en attendant de taper des Réprouvés ! C’toi qu’est naïf, Dorenn. Si tout l’monde pensait comme toi, on aurait perdu la Troisième Guerre !”

“Et l’honneur dans tout ça ? Si tout le monde abandonnait ses compagnons comme toi, Azeroth ne s’rait plus ! Respecte ton serment et bats toi au nom des idéaux pour lesquels tu t’es engagé au lieu de partir comme un lâche avec comme simple adieu un misérable bout d’papier…”
Il lâcha ces derniers mots avec une sécheresse sans pareille, ceux qui connaissaient le paladin auraient pu se demander si c’était réellement lui.

Hägnar dégaina ses armes. “Je pensais que tu m’comprendrais. Tu as abandonné tes compagnons, à Stratholme. Tu as abandonné tes compagnons d’la Croisade d’Argent. Et ça fait pas d’toi un lâche, si ? On a nos raisons d’faire c’qu’on fait, ça fait pas d’nous des traîtres !”

Le bras droit de Balduin se gorgea de Lumière jusqu’à irradier son marteau.

“On m’a donné le choix à Stratholme et je m’suis expliqué à la Croisade avant mon départ. Mais j’te pensais pas aussi salaud de m’resortir ça à moi. J’ai beau être un fervent de la lumière, j’peux pas non plus m’montrer clément envers tout l’monde.”

“On est jamais aussi prompt pour juger ses propres choix qu’les choix des autres, hein ? Maint’nant laisse moi passer, j’ai à faire. J’reviendrai à l’Ost Pourpre quand le moment sera venu.”

Le Paladin posa avec force son bouclier au sol, face au nain, provoquant quelques étincelles de Lumière.

“Tudieu qu’faudra m’passer d’ssus d’abord !”

Devant l’effort manifeste de l'empêcher de passer, Hägnar empoigna fermement ses armes, qui flamboyaient de Lumière.

“Lorsque les mots échouent, les actes parlent. J’aurais voulu qu’les choses s’passent différemment…”

Les deux combattants foncèrent l’un sur l’autre, prêt à défendre leurs valeurs et leurs choix. Mais soudain, un vrombissement se fit entendre non loin...
A dix mètres des deux batailleurs, un ballon dirigeable surgit du bord de la montagne.

***********************

La nacelle se stabilisa près du précipice. On pouvait y observer quelques réprouvés en armure ainsi que des gobelins qui étaient manifestement en pleine dispute.

Arrêtant le combat, Balduin et Hägnar s’approchèrent de cette apparition soudaine.

“J’t’ai dit qu’il fallait activer la propulsion hyprorelative ! Tu fais n’importe quoi !”
“C’est toi qui fait n’importe…”

Les deux gobelins se tournèrent vers la montagne et virent qu’ils étaient observés par des membres de l’Alliance.

“ALERTE ! DES GARS DE L’ALLIANCE !”

Les Réprouvés attrapèrent des arbalètes et se mirent en position. Les Gobelins s’agitèrent, sans doute dans l’espoir de faire repartir leur machine.

Balduin se mit soudain à courir vers la nacelle. Hägnar le suivi, et ils sautèrent sur le zeppelin.

“AAAAAH ON SE FAIT ABORDER ! SAUVE QUI PEUT ! LES GOBELINS D’ABORD !”

Le combat fit rage sur le pont principal. Balduin et Hägnar combattirent les Réprouvés. La Lumière était une arme particulièrement efficace sur les morts vivants.

Hägnar ne désirait pas spécialement ce combat. Mais visiblement, ses ennemis n’étaient guère disposés à parlementer.

Les Réprouvés étaient coriaces, mais ils ne pouvaient rien faire face à l’assaut surprise de deux combattants de la Lumière.

Durant le combat, Hägnar aperçu du coin de l’oeil que les gobelins abandonnaient le navire. Ils sautèrent tous dans le vide avant de déployer des planeurs. Qu’importe, ils n’étaient pas des cibles. Pas pour Hägnar, en tout cas.

Un Réprouvé profita de ce moment d'inattention pour essayer de prendre Hägnar à revers, mais Balduin lui arracha la tête d’un coup de marteau. Leurs regards se croisèrent l’espace d’un instant, et ils comprirent tous deux que leurs résolutions respectives étaient intactes. A l’issue de ce combat, ils devraient se battre pour ce en quoi ils croyaient.

Le zeppelin tanguait au rythme des combats. Une fois l’affrontement terminé, cependant, les deux survivants remarquèrent que le bâtiment n’avait plus aucune stabilité. Il se balançait au gré des vents, se rapprochant dangereusement de la montagne.

Balduin et Hägnar se ruèrent vers le poste de pilotage, mais les instruments avaient été sabotés. De toutes manières, aucun des deux ne savaient piloter un dirigeable.

Une explosion sonore se fit soudainement entendre. Le ballon avait heurté un des reliefs de la montagne. L’air s’échappait, entraînant le vaisseau dans une course effrénée vers l’ouest.

L’Humain et le Nain s’accrochèrent aux rambardes, bataillant contre le vent et la chute libre. Le paysage changea, passa des hautes montagnes à des étendus de végétation. Cependant, cette végétation n’était pas verdoyante, mais noirâtre et rougeâtre.

Le zeppelin se cogna violemment contre les branchages d’un arbre géant. Hägnar lâcha sa prise et dévala l’intérieur du pont principal avant d’être propulsé dans les airs et de tomber en chute libre dans un endroit qui lui était inconnu.


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Bärdim Brise-Acier


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MessagePosté le: Jeu 27 Avr - 17:30 (2017)    Sujet du message: Au nom de nos pères Répondre en citant

ÉCRIT VI - Résilience : lâcher prise ou mourir



Hägnar se réveilla lentement, grimaçant de douleur. Il chercha instinctivement ses armes et les trouva non loin de lui. Il se trouvait sur un tas de bois et de feuilles morts. Visiblement, c’est cela qui avait amorti sa chute et qui l’avait sauvé, par la même occasion. Il ne s’en était pas tiré totalement indemne. Il sentait du sang couler depuis l’arrière de son crâne.

Il se servit de son marteau afin de se relever et observer son environnement. Visiblement, le zeppelin s’était écrasé dans une forêt. Mais elle était loin d’être accueillante. Lugubre, serait le mot plus exact.

Les arbres avaient des teintes noirâtres et rougeâtres. Aucun bruit d’oiseau, ou d’animal. La végétation semblait se composer uniquement de ses étranges arbres et de ronce. Cette forêt semblait noyée dans la pénombre. Une brume violâtre survolait le sol à certains endroits.

En levant la tête, le Nain découvrit l’origine de cette obscurité. Un arbre monde projettait son ombre massive sur toute la zone. C’était donc ici, la zone infectée par le Cauchemar d'Émeraude.

Il avança à tâtons, cherchant le lieu du crash afin de retrouver Balduin, mais la forêt était dense. Les chemins se suivaient et se ressemblaient. Hägnar était-il déjà passé par cette route ?

Des borborygmes résonnaient ici et là, produisant un écho des plus malsain. C’était comme si la sylve elle même était consciente et épiait les moindres mouvements d’Hägnar. Au détour d’une racine géante, il croisa un être humanoïde cyclope, deux fois la taille d’un humain, aux membres amorphes et anormalement long et rachitique. On aurait dit un amalgame d’algues mouvant. Il se déplaçait lentement, tournant en rond, comme s’il veillait à ce qu’aucun intrus ne foule le sol marécageux de la zone.

Pourtant, Hägnar devait traverser. Il fallait attirer l’attention de la créature afin qu’elle s’approche et qu’il puisse lui asséner une attaque frontale. Il ramassa une branche, et la jeta sur le monstre.

La créature reçue l’objet dans la tête, et poussa un hurlement à glacer le sang. Elle se retourna, fixa son nouvel adversaire de son unique oeil, et avança dans de grandes enjambées.

Hägnar leva son épée, prit son appui sur la racine et trancha littéralement le monstre en deux. Il fut fauché telle une vulgaire mauvaise herbe.

En s’écrasant au sol, la chose se désagrégea quasi-instantanément, libérant une vapeur violette comme celle qui habitait la région. Hägnar en respira malencontreusement.

Le brouillard lui piqua les yeux et lui assécha la gorge. Il tâchait de garder l’esprit clair, mais sa vision se troubla. Soudain, il n’était plus dans la forêt. Il était à Forgefer, dans la maison familiale.

Un bruit de toux attira son attention. Il avança lentement dans la demeure, au aguet.

Le son venait du premier étage. Il monta les escaliers, alerte, avant de se retrouver devant une vision du passé. Un souvenir qu’il n’avait pas eu car en ce temps, il était bien loin de chez lui, à défendre et fortifier la nouvelle cité de Theramore.

Il se trouvait devant le lit de sa mère, aux derniers moments de sa vie.


***********************

Hägnar demeura interdit, figé devant ce moment. Sa mère, Maëra, née Ecu-de-Pierre, était décédée voilà quinze ans, tandis qu’il était à Kalimdor.

Il secoua la tête. Ce n’était qu’une vision perverse essayant de le tourmenter. Il devait trouver la cause de tout ceci…

“Häg ? C’est toi ?”

La Naine releva péniblement son dos du lit et s’adossa au mur en pierre. Hägnar tressaillit en entendant la voix de celle qu’il n’avait pas entendu depuis si longtemps. Il s’approcha et s’assit sur un tabouret qui était posé à côté.

“Oui… C’est moi, mère.”

Il lui prit la main. Bien que tout ceci ne soit pas réel, il savourait ce moment. Mais il ne faisait que lui rappeler douloureusement qu’il n’était pas rentré à temps pour faire de cette illusion un véritable souvenir.

“Häg… pourquoi nous as-tu abandonnés ?”

“Je n’ai abandonné personne, mère. J’étais d’ l’autre côté de l’océan. J’y suis resté après la Troisième Guerre…”

Une quinte de toux embrasa la gorge de Maëra. Après de longues inspirations, elle reprit.

“Tu n’abandonnes personne, dis-tu… Après ma mort, tu n’retourneras pas à Theramore. Après la mort d’ton père, tu quitteras le Commando de Chutelune. Après l’invasion de Kharanos, tu te mettras en tête que seule la Légion mérite d’être affrontée, et tu abandonneras l’Ost Pourpre. Rend toi à l’évidence, Hägnar. Si tu crois le contraire, tu as tort.”

Ces mots firent plus mal qu’un millier de lame, d’autant plus par la voix avec laquelle ils étaient énoncés.

“Les circonstances sont différentes, aujourd’hui. J’fais ça parce que j’veux participer à la défense de ce monde !”

“Il y a toujours des circonstances. N’es-tu point fatigué d’toujours vouloir sauver le monde ? Pour cet idéal, t’y as laissé ton honneur, tes amis, ta famille… ose m’dire qu’ça valait le coup ?”

Hägnar resta muet. Il ne savait quoi répondre. Y avait-il seulement une réponse à donner ? Il se démenait pour affronter la Légion, mais il était seul, considéré comme un parjure parmi sa compagnie car il avait osé bafouer des ordres absurdes.

Maëra retira sa main, et s’allongea. Les yeux ouverts, fixant intensément le plafond, elle énonça dans un dernier soupire, mais d’une sombre voix rauque et profonde : “Tu me déçois, Hägnar Marteau-fracassant.”

Le Nain demeura quelques instants, silencieux, les yeux embués de larmes. Mais nul répit lui fut donné. Il entendit derrière lui une autre voix familière venue du passé.

“Mes condoléances, maître Nain”

Il se retourna afin d’apercevoir l’objet de sa prochaine vision. Le Professeur Protheus Millbanks.

***********************

Le décor avait changé. Ils n’étaient plus dans à Forgefer. Ils n’étaient même plus en Azeroth.

Il y avait un campement de bois et de pierre derrière eux. Sous leurs pieds, une intense rune de pouvoir s’illuminait d’un rythme étrangement cardiaque.

Hägnar reconnu rapidement ce lieu. Le campement de l’Amiral Taylor, en Draenor. L’endroit où Protheus s’est sacrifié afin de permettre l’ouverture d’un passage vers Azeroth pour l’Ost Pourpre et le Commando de Chutelune.

L’humain tenait un bâton, semblable à celui que le Nain lui avait offert en revenant du camp du Kirin Tor de Gorgrond. Dans la réalité, ce bâton avait été détruit lors de la première tentative de création de portail vers Azeroth.

“Bel instrument, n’est-il pas ?” avoua t’il en contemplant l’objet. “J’ai su dès la première fois que je l’ai vu qu’il nous serait d’une grande utilité. Enfin, à vous, tout du moins, vu que je suis mort pour vous ramener sur Azeroth.”

Hägnar compris rapidement le sens de ses visions. Regret, peur, colère, souffrance, ce genre de choses parcouraient l’existence de tous, lui ne faisait pas exception. Mais elles n’étaient que des visions, il devait se ressaisir.

“Désolé, Prof’, mais vous n’existez pas. Vous n’êtes qu’une visi…”

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’un projectile arcanique lui perfora l’épaule. La douleur, bien réelle elle, le fit hurler et poser un genou à terre.

Protheus s’approcha lentement, et plaça son bâton sous la gorge du Nain. “Je ne suis pas une vision. Je suis un souvenir. Le souvenir de votre lamentable échec à ramener vos compagnons du Commando de Chutelune sur Azeroth. Je ne fus pas le seul, rappelez-vous.”

Il releva son arme et frappa violemment, jeta Hägnar à terre sur le côté.

“Combien étiez-vous lors de votre retour sur Azeroth ? Combien étaient encore sur Draenor, disparus, capturés par les orcs, ou enfermés dans les geôles de la garnison sous VOS ordres, maitre Nain ?!”

Hägnar tachait de s’éloigner le plus possible, rampant sur le sol, mais il ne distancerait jamais son ancien compagnon. Ce dernier arriva à son niveau, et plaça son pied sur son épaule, sur sa blessure encore saignante.

“Et lorsque que le Commando reparti afin de retrouver ceux qui étaient restés, vous avez refusés, arguant le fait que vous étiez désormais membre de l’Ost Pourpre, que vous ne pouviez repartir, que vous aviez prêté serment. La vérité, Hägnar Marteau-fracassant, c’est que vous aviez peur ! Peur de faire face à la conséquence de vos choix ! Et le plus ironique, c’est que ce serment qui vous a servi d’excuse, vous n’avez pas hésité à le bafouer pour faire vos propres choix égoïstes. En plus d’être un lâche, vous êtes un hypocrite.”

Hägnar tentait de se dégager, mais rien n’y fit, il ne pouvait bouger d’un millimètre.

“Je… suis… désolé ! ”

Protheus relâcha la pression de son pied. Il leva une main, et incanta un sort. Hägnar fut soudainement attiré et retrouva sa gorge dans la poigne du professeur.

“Menteur !” ponctua t’il, mais d’une voix qui n’était pas la sienne, puis il lâcha le Nain dans un abîme noir et profond.

***********************

Hägnar se réveilla subitement, comme tiré d’un mauvais rêve.

En sueur, il s’assit sur ce qui était un lit de fortune dans une tente. Par l’ouverture glissaient quelques rayons de lumière, venant probablement d’un feu de camp.

Il trouva son armure à côté de lui. Il s’équipa, soulagé que ce cauchemar soit enfin terminé.

Il jeta un oeil par l'entrebâillement de l’ouverture de la toile. Il reconnut le campement de l’Ost Pourpre à Griseveille. Mais quelque chose n’allait pas. Il y avait cette odeur dans l’air, acre, agressive, qui parcourait les champs de batailles après que...

Hägnar fondit dehors, et observa l’horreur. Partout, des corps jonchaient le sol boueux du camp. Beaucoup portaient le tabard et l’armure de l’Alliance, mais certains arboraient un tabard pourpre à la cloche d’or…

Il prit quelques secondes pour respirer profondément. Ce n’était qu’un rêve, rien de tout ceci n’était réel.

Devant le centre de commandement trônait une armure noire, faite de métal et de feu. Ainsi se présentait la Connétable de l’Ost Pourpre, Aurys de Nor Laedro. La lame entachée de sang et un chemin de cadavre à ses pieds. Impassible, elle observait fixement le campement.

Hägnar dégaina ses armes et s’approcha lentement de celle qui fut autrefois son supérieur.

“Alors, c’est quoi l’reproche cette fois ? Je suis un briseur de serment, un truc comme ça ?”

L’armure ne répondit pas. Elle se contenta de rester immobile.

“‘savez, j’ai jamais voulu ça, moi. On aurait dû affronter la Légion Ardente, mais vous étiez tous obnubilés par votre vengeance !”

Hägnar s’assit sur un tabouret qui se trouvait près d’un feu de camp, l’air méditatif. L’armure suivait Hägnar du regard en bougeant son casque, mais toujours sans dire un mot.

“Si j’revenais, est-ce que ça changerait que’qu’chose ? Genre j’reviens, on discute, on s’accorde sur l’fait de laisser la Horde un peu tranquille, et on affronte les démons tous ensemble. Ca vous va ?”

Rien n’y fit. Aurys demeurait silencieuse, demeurant au milieu des corps. Hägnar soupira et s’avança vers elle, prêt à pourfendre cette illusion.

Soudain, l’armure parla. Ce n’était pas la voix d’Aurys, mais une voix qu’il avait déjà entendu. Une voix qui avait été utilisée par les souvenirs de sa mère et de Protheus.

“Et si je vous disais que vous pouviez obtenir la puissance dont vous avez besoin pour agir seul, sieur Nain ?”

Hägnar s’arrêta. “De quoi ?”

“Une antique puissance, offerte pour affronter la Légion Ardente. Une puissance, qui pourrait vous aider à empêcher que ceci n’arrive” dit-elle en désignant le campement et ses dizaines de morts. “Je ne suis pas un simple souvenir, Hägnar Marteau-fracassant. Je suis ce qui se produira en votre absence. Je suis ce qui arrivera, et que vous ne pourrez empêcher, car vous vous êtes enfuit.”

L’armure avança lentement, et s’arrêta devant le Nain. “Mais vous pouvez être pardonné. Vous pouvez sauver tout le monde. Acceptez-vous mon cadeau ?” conclua Aurys en présentant sa main.

Hägnar hésita quelques instants. Il pourrait sauver ses camarades, il pourrait défendre son monde… Mais tout ceci ne pouvait être qu’une sombre ruse !

“J’sais pas c’que vous êtes, mais jamais j’accepterai pareil arnaque !” et il enfonça son épée dans la cuirasse. Mais à son grand étonnement, elle ne traversa rien.

Sous le choc, l’armure trembla, et fit tomber son casque. Dessous, il n’y avait pas de visage. Il n’y avait rien d’humain. Juste un tentacule sombre et couvert d’épines.

Hägnar senti quelque chose l’attraper à sa cheville. Il baissa les yeux. C’était une main décharnée, autrefois humain, mais guère plus maintenant qu’un amas de chair putréfiée.

Les cadavres revenaient à la vie, et s’agglutinaient à Hägnar. Dans un dernier souffle, avant de disparaître entièrement, il hurla.

“Qu’est ce que vous voulez ?? Pourquoi vous faites ça ?!”

L’armure, restait immobile, contemplant son oeuvre. Dans un ultime écho, elle répondit :

“Je ne fais rien, Hägnar Marteau-fracassant. C’est vous qui le faites.”

***********************

Il n’y avait rien, ici. Une salle vide perdue dans des brumes grisâtres. Au ciel, une faible lueur perçait un enchevêtrement de racines et de lianes qui faisaient offices de nuages.

Ladite salle ne semblait pas avoir de bord. Seule l’obscurité imposait une limite dans cet environnement.

Hägnar contemplait la quiétude de ce lieu. Étrangement, il se sentait bien. Personne pour le blâmer, le rabaisser, ou lui dire que ses choix n’étaient pas les bons. Après tout, pourquoi se démener pour des gens sans aucune considération ? Il pouvait tout aussi bien demeurer ici, pour toujours.

Une forme apparue au sol. Mais ce n’était une ombre obscure. C’était une essence lumineuse, rayonnante de chaleur et d’espoir.

Elle parla, mais d’une voix cristalline et chaleureuse.

“C’est comme ça que tout se termine ?”

Il n’y avait nul reproche dans cette phrase, juste de la curiosité, une réelle interrogation.

Hägnar ne répondit pas. Les cieux se firent de plus en plus ternes.

“Je ne pense pas que tu sois un traître, Hägnar Marteau-fracassant.”

Il releva la tête, afin d’observer la forme étincelante.

“Pourquoi ?”

La lueur sembla réfléchir. Sa luminosité vacillait, de temps à autre, ce qui lui donnait l’impression de relief. Une forme commençait à se dessiner.

“Ta vie est régie par une seule obsession : protéger les gens que tu aimes, qu’importe le prix. Te rappelles-tu pourquoi ?”

Un flash l’aveugla un instant. Il se revit, à Forgefer, mais il y a bien longtemps, plus que le temps d’une vie humaine. Il devait avoir trente ou quarante ans. Autant dire qu’il était jeune, pour un membre de sa race.

Il se tenait debout, immobile à la Grande Forge, en train de monter la garde, quand passèrent un grand nombre de Nains. Il s’agissait du clan Longue-Marche, un clan de marchands itinérants, reliant Hurlevent à Lordaeron en passant par le Khaz Modan. Une Naine, visiblement d’une trentaine d’années, aux yeux de jade et à la chevelure flamboyante, très certainement fille d’un membre du clan au vu de ses habits de voyage, s’approcha du garde.

C’est ainsi qu’Hägnar rencontra Déra, avec qui il passa les meilleures années de sa vie. Un jour, il la demanda en mariage. Elle accepta, mais décida de réaliser une dernière Marche avant de se ranger définitivement. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que cette mission serait la dernière. La caravane se fit attaquer lors par des Trolls lors de son passage dans le Nord.

C’est alors que l’essence se matérialisa sous la forme de la Naine. Mais ce n’était qu’une image du passé, un souvenir fugace.

“Ce n’était pas ta faute. Ta responsabilité n’a jamais été de sauver le monde. Mais tu as accepté ce fardeau et tu l’as placé devant ton honneur, devant tes proches. Oui, tu as brisé ton serment, mais c’est pour le bien commun. Un jour, peut être comprendront-ils... ”

Hägnar s’approcha de Déra, tenta de mettre la main sur sa joue, mais l’image s’évapora.

Une intense lumière d’émeraude irradia des cieux, désagrégeant les racines qui obscurcissait le ciel.

Puis, pour la première fois depuis longtemps, Hägnar se réveilla, et se sentit bien.

***********************

Hägnar était allongé dans un lit au coeur d’une bâtisse en bois, visiblement taillée à même l’arbre. Il reconnut rapidement l’architecture kaldorei. Une Elfe de la Nuit était occupée à côté de lui à concentrer de l’énergie naturelle dans ses mains.

Elle remarqua que le Nain s’agitait. Elle cessa ses sorts et s’assit sur une chaise.

“Salutations, maître Nain. Vous allez bien ? Ne forcez pas trop, vous revenez de loin.”

Il se tâta le crâne et toucha un bandage.

“Murmf, j’suis où ?”

“Vous êtes à la Sylverêve, le domaine des druides d’Azeroth. Nous vous avons retrouvé, vous ainsi qu’un Humain, au nord ouest de Shala’nir. Cette zone est totalement corrompue par le Cauchemar, vous n’auriez pas dû vous y aventurer.”

Hägnar regarda de l’autre côté de la pièce. Il y trouva Balduin, qui était toujours endormi.

“Comme si on avait eu l’choix, tiens.”

Il expliqua l’histoire du crash du zeppelin ainsi que de ses rêves. L’Elfe l’écouta attentivement, hocha la tête de temps à autre.

“Le Cauchemar est insidieux, maître Nain. Il se nourrit de vos sentiments négatifs pour vous amener vers l'abîme et vous corrompre. Xavius a été vaincu, mais le Cauchemar demeure encore dans la forêt. Je suis heureuse que vous vous en soyez sorti.”

Le Nain tourna la tête vers Balduin, l’air inquiet. Elle s’empressa de le rassurer.

“Ne vous inquiétez pas pour votre ami. Il n’est pas en danger, je vous l’assure.”

Il fit un soupir de soulagement, et se releva. La druidesse lui laissa un peu d’espace afin qu’il puisse se rééquiper.

Hägnar ramassa ses affaires. Il jeta un oeil sur le tabard de l’Ost Pourpre. Il l’enroula et l’accrocha en brassard au niveau de son bras gauche, juste à la base de son épaulière. Il était temps d’arrêter d’avoir des regrets, et d’aller de l’avant. Hägnar ne pouvait peut être plus arborer fièrement ce tabard, mais comme il l’avait promis, il retournerait vers l’Ost Pourpre, mais pas aujourd’hui. Pour le moment, il fallait lâcher prise.

Fin prêt à partir, l’Elfe lui désigna le chemin vers le portail pour Dalaran, et lui rappela de changer régulièrement les bandages à sa tête.

Il désigna Balduin de la tête. “Quand il se réveillera… dites lui qu’s’il veut reprendre notre discussion, j’serai à Dalaran.”

Sans pour autant comprendre, la druidesse hocha la tête. “Ce sera fait. Elune-Adore, maitre Nain”

Il la remercia pour son aide, et traversa la Sylverêve afin de se rendre au portail indiqué. Il le traversa, eu envie de vomir, comme à chaque fois, et se retrouva à Dalaran.

Il n’était pas venu à la cité des mages depuis bien longtemps. Il se rappela cependant de la direction d’une auberge. Il avait besoin de quelques jours pour réfléchir à la suite.

Mais à présent, il pouvait lâcher prise, et avancer.


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